Prix unique du livre

Une vraie égalité des chances aujourd'hui en danger par le commerce en ligne

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Les origines de cette loi de prix unique

Depuis un décret du 25 février 2021, les librairies sont considérées comme commerces essentiels. La loi Lang, qui a permis de mettre en place des prix fixes pour les livres, a donné lieu à beaucoup de conflits notamment entre les adeptes d’une conception libérale, qui pensent que l’on doit laisser le marché fixer les prix, et les protectionnistes, qui pensent qu’on doit régler ces prix pour éviter la concentration ainsi que la disparité de ces prix.

Nous sommes encore au début des années 70, ce sont les éditeurs qui indiquent un prix de vente conseillé aux libraires, mais tout change lorsque la toute première Fnac ouvre ses portes, rue de Rennes à Paris. Elle s’établit sur trois étages et grâce à une bonne publicité, elle pratique les rabais à -20% sur les livres. En seulement quelques années, la part de la Fnac sur le marché passe de 15 à 30%. En riposte, Jérôme Lindon, patron des éditions de Minuit, publie un livre de 18 pages, nommé « La Fnac et les livres ». Dedans, il s’en prend à la Fnac en disant que le discount restreint drastiquement le choix des livres offert au public, engendre alors une augmentation de leur prix de vente, mais, et surtout, favorise les livres à circulation rapide, laissant certains auteurs moins connus sur la touche.

Une solution se présente alors pour remédier au problème : un prix unique, et sans rabais.

Le 24 février 1979, l’arrêté Monory libère complètement le prix des livres ce qui a pour résultat d’intensifier les problèmes de prix libre. Mais Jérôme Lindon ne s’arrête pas là, et crée une association pour le prix unique, il va même jusqu’à rencontrer Mitterrand et Chirac, qui s’engagent tous les deux à garder un prix unique. Dès qu’il arrive au ministère, Jack Lang va s’engager pour le prix unique, mais il va très vite se rendre compte qu’il faut plus qu’un simple arrêté pour contrer le problème et va alors créer une loi pour la fixation d’un régime de prix unique.
Son projet de loi est rédigé rapidement, avec 11 articles, proposé le 23 juillet 1981. Des opposants s’interrogent notamment sur l’inflation des prix des livres en voyant comment la situation s’est dégradée en Grande-Bretagne ou en Allemagne. Les débats sont nombreux et houleux. La loi passe en première lecture au Sénat, encore conservateur et tout le monde conseille à Jack Lang de renoncer. Mais par chance, le projet de loi passe à la quasi-unanimité, comme à l’Assemblée.

Le 10 août, on promulgue le texte avec effet au 1er janvier 1982, permettant ainsi la création d’un prix unique mais également la possibilité d’une marge maximum de 5% par rapport au tarif indiqué par l’éditeur.

Après application, le combat continue

Il aura fallu sept ans de bataille pour parvenir à faire passer la loi, mais la guerre n’est pas finie et le pire semble arriver. On annonce que la Fnac veut se transformer en coopérative afin de pouvoir mettre en place une ristourne de 10% à 12% sur le prix des livres. La Fnac n’est pas la seule à essayer de trouver des stratagèmes pour supplanter la loi Lang, en effet, Leclerc projette de vendre des livres à deux prix différents : « le prix Lang » et le « Prix Leclerc », ce dernier étant bien sur, moins cher. Dans le même ton, Carrefour envisage la création d’une société d’édition afin pour mettre sur le marché des livres libres.
En 1982, le président de la Fnac renonce, après de multiples avertissements de part du gouvernement. Cependant, Leclerc ne semble pas vouloir lâcher son action de deux prix différents, et tente de s’en sortir. En mars 1984, un millier de libraires signant une pétition afin de demander aux éditeurs de cesser d’écouler leurs stocks au centre Leclerc. Même période, la Fnac n’a pas dit son dernier mot et l’enseigne choisit de transiter ses livres à l’étranger, par la Belgique notamment. Elle affiche alors un prix européen et un bandeau vert. Gallimard dénonce la pratique, avec une dizaine d’autres éditeurs devant la justice, obligeant la Fnac à se retirer. La grande distribution peine, mais compte sur la décision européenne, qui ils espèrent leur permettra d’avoir raison. Néanmoins, les juges n’y voient aucun problème, et pensent même que la loi Lang est un bon procédé. En effet, elle laisse à chaque éditeur la liberté de fixer un prix pour ses livres, et ne voit donc pas d’entente entre entreprises donc pas d’infractions à la concurrence européenne. La grande distribution finit donc par plier.

Quarante ans après, la loi n’a pas entraîné l’inflation ainsi que les mauvais présages redoutés par les plus septiques. Après un an et demi d’application, le premier bilan est positif et a même permis une consolidation de la diversité de la production mais également une consolidation du réseau de la diversité de la production. En Europe, le Portugal, l’Espagne, la Grèce, l’Italie et la Belgique ont tous adopté ce système. Seuls des problèmes comme le commerce en ligne peuvent venir ternir la loi. En 2008, deux députés déposent un amendement pour réduire de deux à un an la durée du prix fixe par l’éditeur. (Surement dirigé vers le lobbying d’Amazon et Leclerc). En revanche, même année, la Cour de Versailles donne aussi raison à la plateforme en ligne Alapage contre les libraires dîtes « traditionnelles », estimant que le port gratuit d’un livre offert par une librairie en ligne n’est pas une infraction.

Aujourd’hui, la loi satisfait bien et permet une réelle égalité des chances, même pour des petites librairies. Cependant, la compétitivité des grandes surfaces et plateformes en ligne continue de croitre année après année, démontrée notamment en période de crise sanitaire, où les librairies furent longuement fermées.

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