"Parasite", une Palme d’or en Version originale sous-titrée ? Pas tout à fait !

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Plus de 800 000 spectateurs français ont à ce jour vu le film "Parasite" du réalisateur coréen Bong Joon Ho. C’est considérable quand on sait que ce film n’existe qu’ en version originale sous titrée, étant donné qu’aucune version française n’a été conçue pour le doubler. Or, comme peu de gens maîtrisent le coréen dans notre pays, il faut en conclure que la langue n’est pas un obstacle. Pourquoi ?

1 / D’abord parce que c’est aussi un formidable film d’action (et un vrai thriller comme l’on dit certains) dans lequel on reste scotché dans son siège par ce qui va advenir dans le plan suivant, qui n’est génialement jamais annoncé, pendant 2 h 13. Grande réussite d’un film où le plaisir est roi alors que s’il y a une certaine violence, les mitraillettes ne sont jamais de sortie !

2 / Ensuite, parce que les dialogues viennent essentiellement en soutien aux scènes filmées, qu’il ne s’agit pas du tout d’un film bavard mais d’un puissant film d’images, génialement cadré et mis en scène par Bong Joon Ho, qui est notamment le créateur de l’epatant "Snowpiercer, le transperce-neige." autre film d’action et fable sociale.

3 / Enfin la langue est de moins en moins un obstacle au cinéma parce que si nous ne pouvons connaître toutes les langues, ce que nous offre les cinématographies étrangères, non cour-circuitees par des versions françaises souvent mal faites, est une façon de revitaliser notre goût pour le cinéma, quel que soit son genre, en nourrissant notre plaisir de mieux connaître le monde, jusque contre nos propres préjugés parfois.

Qui dans "Parasite" est il vraiment le parasite de la société mondialisée ?

Terminons en soulignant que si pour nous avec "Parasite", la forme "film de genre" l’emporte sur sa dimension politique et sociale, rien que le titre du film interroge : qui est, qui sont le(s) parasite(s) ?

Est-ce vraiment cette famille de pauvres heres s’introduisant chez de très riches capitalistes coréens ? Ou bien le parasite, est-il, tel que le définit l’écrivain Jack London dans "le talon de fer" , précisément la famille capitaliste coréenne vivant du labeur, de la misère, du sang des plus pauvres ? A chacun de répondre. Mais ce ne serait pas la première fois que Bong Joon Ho, dont l’un des maîtres est Claude Chabrol, cinéaste politique s’il en est, filme la société oligarchique contemporaine sous l’angle de la lutte des classes.

François Derquenne

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